Actualités

Formations

Recrutement : ce qui est légal, utile et contre-productif — par Christel Pontié, juriste RH chez ARHEKA

Questions interdites, ATS non encadrés, offres floues, absence de feedback : un recrutement mal conduit expose l'entreprise à des sanctions pénales que peu de dirigeants anticipent. Christel Pontié, juriste RH chez ARHEKA à Albi, décrypte les obligations légales souvent ignorées, les pièges les plus fréquents et les bonnes pratiques pour recruter vite, bien et en sécurité.

Recrutement : ce qui est légal, utile et contre-productif

Par Christel Pontié, juriste RH chez ARHEKA

Mise à jour : 1er août 2026

Recruter, c'est l'un des actes de gestion les plus structurants pour une entreprise. Et l'un des plus exposés juridiquement. Christel Pontié, juriste RH chez ARHEKA à Albi, accompagne depuis plus de 25 ans des dirigeants et des équipes RH qui découvrent souvent trop tard que leur processus de recrutement les exposait.

Questions interdites posées par un manager de bonne foi, ATS qui filtre sans contrôle humain, CV conservés sans base légale, décision basée sur un ressenti : les risques sont réels, les sanctions aussi. Mais un recrutement sécurisé n'est pas un recrutement ralenti. C'est un recrutement qui avance, attire les bons profils et ne se retourne pas contre vous.

1. Ce que vivent les candidats et ce que ça coûte aux recruteurs

Les difficultés de recrutement ne viennent jamais d'un seul côté. Côté candidat : absence de réponse, process opaques, offres sans fourchette salariale, cinq ou six entretiens puis silence. Côté recruteur : critères mal définis, managers non formés, ATS pilotés sans contrôle humain, absence de grille structurée.

Derrière la plupart des recrutements difficiles, on retrouve les mêmes causes : des critères mal définis en amont, un manque de transparence et des pratiques insuffisamment structurées. Et souvent, une exposition juridique que l'entreprise n'a pas mesurée.

2. Ce que dit la loi : 4 obligations que vous ne pouvez pas ignorer

2.1 Informer le candidat avant le premier entretien

L'article L. 1221-8 du Code du travail est clair : le candidat doit être informé des méthodes et outils d'évaluation utilisés avant même le premier entretien. Un test technique annoncé le jour J, c'est déjà une violation. En pratique : l'email de convocation doit mentionner le déroulé complet, les éventuels tests prévus et les interlocuteurs. Ce n'est pas une formalité, c'est une preuve.

2.2 Informer et consulter le CSE

Deux obligations distinctes s'imposent (art. L. 2312-38 C. trav.). L'employeur doit informer le CSE des méthodes et techniques d'évaluation utilisées, avant leur mise en œuvre et avant toute modification. Il doit en plus informer ET consulter le CSE avant toute décision de déploiement d'un traitement automatisé, ATS ou outil IA inclus. Cette consultation doit précéder la décision définitive, pas une simple phase d'étude (TJ Paris, 16 janv. 2024).

2.3 Ne poser que des questions en lien direct avec le poste

L'article L. 1221-6 ne laisse pas de place à l'interprétation : toute information demandée au candidat doit avoir pour seule finalité d'apprécier sa capacité à occuper le poste.

Questions strictement interdites Questions licites car liées au poste
Situation familiale, projet d'enfants Disponibilité le week-end si le poste l'impose
Religion, opinions politiques, appartenance syndicale Maîtrise des outils indispensables au poste
Nationalité (demande directe) « Disposez-vous des autorisations pour travailler à la date prévue ? »
Santé, handicap (hors aptitude physique requise) Permis, habilitations spécifiques au poste
Rémunérations passées, bulletins de paie Prétentions salariales sur le poste à pourvoir

Situation fréquente : le véto du manager

Un manager sort d'entretien et pose son véto sur un candidat. Motif : « Je ne le sens pas. » Il n'a rien écrit, pas de grille, et il a peut-être demandé si le candidat avait des enfants parce que le poste implique des déplacements.

Ce scénario est courant. Il est aussi l'un des plus dangereux juridiquement. Sans critères documentés, si le candidat conteste sa non-sélection, l'entreprise ne peut pas justifier sa décision. Et si la question sur les enfants a été posée, on est en discrimination directe.

La solution : former les managers avant tout entretien, même informel. Leur fournir une grille structurée. Leur rappeler que leur ressenti n'est pas un critère, mais que leurs notes engagent l'entreprise.

2.4 Justifier chaque décision d'écart

Tout candidat non retenu peut demander les critères sur lesquels il a été écarté. L'entreprise a un mois pour répondre. Sans critères objectifs documentés, elle s'expose à une requalification en discrimination.

3. Discrimination : involontaire ne veut pas dire non sanctionnée

Un critère apparemment neutre peut désavantager systématiquement certains candidats : c'est la discrimination indirecte, sanctionnée au même titre que la discrimination directe.

Exemple classique : « profil jeune et dynamique » dans une offre. C'est un critère d'âge discriminant (art. 225-2 C. pénal). Autre piège : un ATS entraîné sur des campagnes passées à prédominance masculine apprend à privilégier les profils masculins. L'entreprise reste entièrement responsable des discriminations produites par son outil.

Infraction Personne physique Personne morale
Discrimination à l'embauche (art. 225-2 C. pénal) 3 ans d'emprisonnement + 45 000 € 225 000 € d'amende
Questions hors-poste discriminatoires 3 ans + 45 000 € + dommages-intérêts prud'homaux 225 000 € + responsabilité civile
Décision entièrement automatisée (RGPD art. 22) Mise en cause personnelle du dirigeant Sanction CNIL jusqu'à 20 M€ ou 4 % du CA mondial
Collecte déloyale de données (art. 226-18 C. pénal) 5 ans d'emprisonnement + 300 000 € Engagement de la responsabilité civile et pénale

4. ATS et intelligence artificielle : le calendrier a changé

Beaucoup d'entreprises ont préparé la date du 2 août 2026, présentée pendant des mois comme l'entrée en application des obligations « haut risque » de l'IA Act pour les outils de recrutement. Cette échéance est reportée.

Le règlement (UE) 2026/1744, dit Digital Omnibus sur l'IA, est entré en vigueur le 27 juillet 2026. Il repousse les obligations applicables aux systèmes à haut risque de l'annexe III, dont les outils de recrutement, du 2 août 2026 au 2 décembre 2027. Le Parlement européen l'a approuvé le 16 juin 2026, le Conseil le 29 juin 2026.

Ce qui n'est pas reporté : les interdictions applicables depuis février 2025, l'obligation de maîtrise de l'IA par le personnel, les obligations de transparence de l'article 50 et les pouvoirs de sanction, tous applicables au 2 août 2026.

Ce qui s'applique aujourd'hui, sans attendre 2027

Le RGPD interdit déjà toute décision entièrement automatisée produisant des effets juridiques significatifs (art. 22). Un ATS qui élimine des candidatures sans intervention humaine est donc en infraction dès maintenant, indépendamment du calendrier de l'IA Act.

Ce qu'il faut préparer d'ici décembre 2027

  • Un humain valide la décision finale : l'outil classe, l'humain décide.
  • Le pilote connaît les critères sur lesquels l'outil se base pour classer les CV.
  • Les biais potentiels de l'outil sont identifiés et documentés.

Seize mois, c'est le temps nécessaire pour savoir sur quels critères votre outil classe les candidatures. Beaucoup de dirigeants découvriront en décembre 2027 que personne ne le sait dans l'entreprise.

Focus : peut-on consulter le Facebook d'un candidat ?

Consulter un profil public : oui. Enregistrer les données : non.

Dès que le recruteur copie ou intègre des données issues d'un réseau personnel dans son fichier, il effectue un traitement soumis au RGPD. Or les données issues d'un réseau non dédié au recrutement (Facebook, Instagram) sont présumées hors périmètre légitime. La collecte déloyale est punie de 5 ans d'emprisonnement et 300 000 € (art. 226-18 C. pénal).

Piège supplémentaire, même sans enregistrement : se forger une opinion via Facebook, c'est introduire un biais de confirmation dans l'entretien. Le recruteur interprète ensuite toutes les réponses dans le sens de l'impression première, formée sur des éléments de vie privée. La décision devient impossible à objectiver.

La CNIL recommande de se limiter aux réseaux dédiés aux échanges professionnels.

5. Transparence salariale : où en est la transposition

La directive européenne 2023/970 devait être transposée en droit français au plus tard le 7 juin 2026. La France n'a pas tenu ce délai.

Un projet de loi de transposition a été transmis au Conseil d'État début juin 2026. Au 1er août 2026, il n'a pas encore été déposé au Parlement et le calendrier d'examen n'est pas arrêté. Le gouvernement vise une adoption avant la fin 2026, mais cette échéance dépend du calendrier parlementaire. Les obligations deviendront opposables après promulgation de la loi et publication de ses décrets d'application.

Ce que le texte européen prévoit :

  • Obligation d'afficher une fourchette salariale dans les offres d'emploi
  • Interdiction de demander les bulletins de paie antérieurs du candidat
  • Critères objectifs de rémunération à documenter et communiquer sur demande
  • Interdiction des clauses empêchant les salariés de parler de leur rémunération

L'Index égalité professionnelle actuel reste obligatoire tant que la loi de transposition n'est pas adoptée.

En attendant : une offre sans information salariale est déjà peu attractive. Les structures ayant connu des fusions ou des augmentations non rationalisées ont intérêt à lancer dès maintenant un audit de grille.

6. Les bonnes pratiques : recruter vite, bien et en sécurité

Retour d'expérience : quand l'offre ne reflète pas la réalité

J'ai accompagné une dirigeante qui ne comprenait pas pourquoi ses recrutements n'aboutissaient pas. Elle m'expliquait que sa zone géographique était un obstacle. De l'intérieur, tout allait bien : équipes stables, climat sain, management respectueux.

Je lui ai demandé à voir son annonce. Elle était encore celle de l'ancien directeur : froide, neutre, interchangeable. Rien de ce qui se vivait dans l'entreprise n'y apparaissait.

Nous avons retravaillé l'offre dans le cadre du Pack RH 360°, sans promesses creuses, en l'alignant avec ce que la direction incarnait déjà au quotidien. Quelques semaines plus tard : plusieurs candidatures qualifiées. L'offre n'avait fait qu'une chose : rendre visible à l'extérieur ce qui fonctionnait déjà à l'intérieur. Structurer une offre, ce n'est pas enjoliver. C'est arrêter de se cacher.

Focus : la prise de référence, ce qui la rend licite

Contacter l'entourage professionnel d'un candidat est légitime. Trois conditions doivent être respectées.

  1. Informer préalablement le candidat des contacts qui seront pris et des catégories d'informations collectées (art. L. 1221-9 C. trav.). Un écrit est fortement recommandé comme preuve.
  2. Recueillir l'accord écrit exprès du candidat avant d'appeler son employeur actuel. Sans cet accord, la collecte est déloyale (RGPD art. 5).
  3. Tracer dans le dossier de candidature : qui a été contacté, quand, quelles informations ont été collectées. C'est cette traçabilité qui protège l'entreprise en cas de contestation.

Interdit en toute circonstance : enquêtes de moralité, investigation sur le passé syndical ou politique, collecte d'informations sans lien avec les aptitudes professionnelles.

Les recrutements les plus performants partagent les mêmes caractéristiques : critères définis avant la diffusion de l'offre, brief tripartite métier, RH et direction, process annoncé clairement au candidat, tests proportionnés au niveau du poste, maximum trois entretiens recommandés, et feedback systématique, y compris aux candidats non retenus.

7. Comment ARHEKA vous accompagne : le Pack RH 360°

Dans le cadre du Pack RH 360°, Christel Pontié accompagne les dirigeants et les équipes RH pour sécuriser l'ensemble du processus de recrutement :

  • Cadrer le processus : définition des critères, grille d'entretien, articulation des étapes
  • Rédiger des offres d'emploi conformes : formulations légales, fourchette salariale, absence de critères discriminants
  • Travailler la marque employeur : structurer l'expérience candidat du premier contact jusqu'au feedback
  • Former les managers : questions licites, posture en entretien, documentation des décisions
  • Préparer la conformité transparence salariale : audit de grille, critères objectifs

Un recrutement bien mené, c'est un recrutement qui avance et qui ne se retourne pas contre vous.

8. Questions fréquentes sur le recrutement légal

Quelles questions sont interdites en entretien d'embauche ?

Toute question sans lien direct et nécessaire avec le poste est interdite (art. L. 1221-6 C. trav.). Sont concrètement interdites : les questions sur la situation familiale, les projets d'enfants, la religion, les opinions politiques, l'appartenance syndicale, la nationalité (demande directe), la santé ou le handicap (sauf aptitude physique requise), et les rémunérations passées.

Que risque un employeur en cas de discrimination à l'embauche ?

Jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende pour une personne physique, 225 000 € pour une personne morale (art. 225-2 + 131-38 C. pénal). Des dommages-intérêts peuvent s'y ajouter aux prud'hommes. Les dirigeants personnes physiques restent personnellement exposés même lorsque c'est la société qui est mise en cause.

Un ATS peut-il rejeter automatiquement une candidature ?

Non. Le RGPD interdit déjà toute décision entièrement automatisée produisant des effets juridiques significatifs (art. 22 RGPD). Cette interdiction s'applique aujourd'hui. Les obligations spécifiques de l'IAAct pour les outils de recrutement, initialement prévues au 2 août 2026, ont été reportées au 2 décembre 2027 par le règlement (UE) 2026/1744.

L'IA Act s'applique-t-il à mon logiciel de recrutement depuis le 2 août 2026 ?

Non. Le Digital Omnibus, entré en vigueur le 27 juillet 2026, reporte au 2 décembre 2027 les obligations applicables aux systèmes à haut risque de l'annexe III, dont les outils de recrutement. Les interdictions, l'obligation de maîtrise de l'IA, les obligations de transparence et les pouvoirs de sanction ne sont pas concernés par ce report.

Combien de temps peut-on conserver le CV d'un candidat non retenu ?

En base active : jusqu'à la décision d'embauche, puis 3 mois pour justifier le refus. Si le candidat a consenti à intégrer un vivier : 2 ans maximum, renouvelables sur nouveau consentement. En archivage intermédiaire à des fins probatoires : jusqu'à 5 ans, délai de prescription en matière de discrimination.

La transparence salariale est-elle déjà obligatoire en France ?

Pas encore. La directive européenne 2023/970 devait être transposée au plus tard le 7 juin 2026. La France n'a pas tenu ce délai. Le projet de loi a été transmis au Conseil d'État début juin 2026 et n'était pas encore déposé au Parlement au 1er août 2026. En attendant, l'absence de fourchette salariale dans une offre est déjà un frein attractif majeur.


Le diable se cache dans les détails. En recrutement, les détails s'appellent L. 1221-6, article 22 du RGPD et directive 2023/970.

Christel Pontié, juriste RH et SSCT, ARHEKA

Références juridiques

  • Art. L. 1221-6 C. trav. : questions licites en entretien
  • Art. L. 1221-8 C. trav. : information sur les méthodes d'évaluation
  • Art. L. 1221-9 C. trav. : prise de référence
  • Art. L. 2312-38 C. trav. : information et consultation du CSE
  • Art. L. 5212-2 C. trav. : obligation d'emploi RQTH (6 % de l'effectif)
  • Art. 225-2 + 131-38 C. pénal : discrimination, sanctions
  • Art. 226-18 C. pénal : collecte déloyale de données
  • Art. 6 et 22 RGPD : bases légales et décision automatisée
  • Règlement (UE) 2024/1689 (IA Act)
  • Règlement (UE) 2026/1744 (Digital Omnibus sur l'IA), en vigueur le 27 juillet 2026 : report des obligations annexe III au 2 décembre 2027
  • Directive (UE) 2023/970 : transparence des rémunérations, transposition française en cours
  • TJ Paris, 16 janv. 2024 : consultation du CSE avant déploiement d'un ATS
  • CNIL, Guide recrutement (janv. 2023)

À propos de l'auteure

Christel Pontié est juriste et formatrice en droit social, RH et santé-sécurité au travail (SSCT). Salariée d'ARHEKA, cabinet RH, Social et Paye basé à Albi dans le Tarn, elle accompagne depuis plus de 25 ans les dirigeants, DRH, RRH et élus CSE dans la sécurisation de leurs pratiques RH. ARHEKA est organisme agréé IPRP et SSCT, et certifié Qualiopi. Christel Pontié intervient en conseil, formation et accompagnement opérationnel sur l'ensemble des problématiques de droit social, de recrutement, de prévention des risques professionnels et de conformité RH en Occitanie et au-delà.

ARHEKA — Albi, Tarn, Occitanie | christel.pontie@arheka.fr | arheka.fr

Mots-clés : recrutement légal, questions interdites entretien, discrimination embauche, ATS conformité, IA Act recrutement report 2027, Digital Omnibus, prise de référence licite, transparence salariale, marque employeur, Pack RH 360°, ARHEKA Albi, Christel Pontié juriste RH, recrutement Tarn Occitanie

Les situations mentionnées dans cet article sont données à titre illustratif. Les retours d'expérience sont anonymisés. Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil juridique individualisé.